Axel Cleenewerck
Côtoyer l’industriel, le grand défi du « craft brewer » après une reprise
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Les brasseurs artisanaux doivent-ils mettre de l’eau dans leur… bière après avoir épousé AB InBev ? Les amateurs de bière artisanales s’inquiètent de la boulimie récente des grands groupes brassicoles pour les “craft breweries”. Plusieurs cafetiers ou revendeurs décident, parfois du jour au lendemain, de retirer de leur carte les références qui ont perdu leur indépendance. Un journaliste californien s'est penché sur l'activité de Golden Road Brewing, un an après l'acquisition de cette brasserie de Los Angeles par le numéro un mondial.

AB InBev a commencé à s’intéresser aux « petits » brasseurs américains en 2011 avec le rachat pour 38,8 millions de dollars de Goose Island, établie à Chicago. Le groupe a entre-temps mis la main sur une dizaine de brasseries aux Etats-Unis et sur l’une ou l’autre du Vieux Continent.

Les reprises suscitent toujours des interrogations. La Chouffe a-t-elle évolué depuis sa reprise par Duvel-Moortgat en 2006? L’acidité typique de la Rodenbach a-t-elle été revue après l’arrivée de Palm en 1998?

Golden Road Brewing (GRB) a été fondée à Los Angeles en 2011 avant d’être absorbée quatre ans plus tard par AB InBev.

John Verive, dans l’édition d’octobre de Beer Paper LA, pointe les principales différences, un an après la transaction. L’auteur regrette d’emblée la place envahissante des produits GRB dans les commerces locaux, privant par la même occasion les brasseurs restés « craft » de se présenter ou de s’étendre. A propos de la bière en tant que telle, le brasseur, Victor Novak, lui a précisé que quelques ajustements avaient été faits sur les différentes bières de la brasserie mais que le plus gros changement a été d’améliorer la chimie de l’eau. Les bières doivent gagner en rondeur, perdre de leur dureté et devenir plus abouties, selon M. Novak.

“GRB, fondée en 2011, fait-elle de la meilleure bière qu’il y a douze mois?”, s’interroge John Verive. “Si on met de côté l’aspect commercial, les stratégies marketing et la distribution omniprésente dans le sud de la Californie, la réponse est claire et nette. Qu’on les aime ou pas, les bières sont meilleures”, écrit-il. A court terme donc. Il conviendrait de réevaluer les choses à moyen ou long terme avec toutes les difficultés que cela comporte de conserver, en vue d’une comparaison future, des échantillons de bières houblonnées qui demandent à être dégustées jeunes.

Bien que le brasseur de GRB souhaite que sa société ne soit jugée que pour la qualité de ses bières, “la brasserie ne peut toutefois être dissociée d’ABI et de ses stratégies à long terme. A chaque amateur de bière de décider de l’importance qu’il accorde à l’indépendance d’une brasserie et de la manière de dépenser son argent”, conclut le journaliste.