Axel Cleenewerck
Gymnastique journalistique
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Le métier de journaliste brassicole requiert parfois une certaine souplesse. On n’est en effet pas loin de réaliser le grand écart quand, à une heure d’intervalle, une brasserie bruxelloise présente sa bière sans alcool et une autre, établie en Flandre orientale, dévoile une brune à 11,5% vol. alc. avec addition de sherry et de copeaux de chêne. C’est presque comme si on passait de l’été à l’hiver sans transition; d’une bière bien frappée bue sur une plage de sable fin à un véritable digestif à siroter au coin du feu. Qu’à cela ne tienne, les variations de degrés, on connaît bien en Belgique!

Et il faut convenir que l’exercice aurait encore été plus périlleux si ces deux brasseries avaient interverti leur horaire de conférence de presse. La chute aurait été brutale.

D’ailleurs, ces extrêmes se révèlent aussi dans l’identité des brasseries en question. D’un côté, le Brussels Beer Project et sa quarantaine de bières éphémères créées chaque année et de l’autre Bosteels qui présentait le 12 novembre la Monte Cristo, une première nouveauté en 17 ans! La filiale d’AB InBev compte donc aujourd’hui… quatre bières en portefeuille. Preuve qu’il n’est pas indispensable de multiplier les brassins collaboratifs pour se faire un nom.

La politique de Bosteels n’est cependant pas dénuée de stratégie. Quatre bières (fortes) seulement mais chacune ayant une identité et un verre tout à fait uniques. La Kwak, la bière du cocher, la Tripel Karmeliet et son verre joliment gravé de fleurs de lys et la DeuS, une bière brut en partie refermentée en Champagne. L’idée d’ajouter un quatrième breuvage à cette trilogie atypique ne date pas d’hier. Antoine Bosteels, aujourd’hui conseiller au sein de la brasserie, précise avoir commencé à creuser le sujet il y a cinq ans. La reprise de l’entreprise familiale par le premier groupe mondial en 2016 a quelque peu reporté l’éclosion et c’est donc à l’automne 2019 que Bosteels présente cette Monte Cristo, une bière de saison justement. A l’instar de ses consoeurs, la bière se distingue par son verre mais aussi par sa bouteille, un joli flacon de 33 centilitres dont la forme n’est pas sans rappeler les bouteilles de porto. Les deux dernières nées chez Bosteels sont clairement des bières de niche même si la directrice marketing, Sarah Pirlot, estime qu’il est tout à fait envisageable de s’ouvrir une bouteille de Monte Cristo en rentrant seul chez soi le soir. C’est moins évident pour 75 centilitres de DeuS…

Quoi qu’il en soit, il est plus question ici d’un produit vitrine, qui a permis au brasseur de s’écarter un moment du trio historique, que d’une bière de volume (sauf en alcool!). “On est très content avec les hectolitres que nous faisons actuellement. Nous ne courons pas après des hectos supplémentaires”, ajoute Mme Pirlot.

La Monte Cristo sera disponible fin novembre dans les Prik en Tik du nord du pays, chez les cavistes et dans les cafés.

Ground zero ou presque

Et alors qu’on plafonne entre 8,4 et 11,5% d’alcool chez Bosteels, le Brussels Beer Project a toujours été animé du désir de faire des bières légères. “Depuis notre création en 2013, nous avons élaboré une trentaine de bières inférieures à 5% vol. alc.”, explique Sébastien Morvan, cofondateur du BBP. Un pas de plus a été franchi puisque la Pico Bello est officiellement sans alcool (0,3%). Comme il était “techniquement impossible” de réaliser cette bière à la brasserie de la rue Antoine Dansaert, le BBP s’est adressé à la Proefbrouwerij pour mener à bien son projet. Le résultat est une “hazy sour IPA” boostée en houblons aromatiques et dotée d’une légère acidité. Conditionnée en cannette de 33 centilitres, elle est destinée à un public jeune “qui aime sortir et faire la fête le soir, sans renoncer à ses obligations du lendemain”.