Thomas Costenoble
IPA
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Ces trois lettres désignent un style de bière assez ancien qui est redevenu depuis quelques années, grâce à sa version américaine, particulièrement “tendance”.

Le terme “IPA” – qu’il convient de prononcer “AIE PEE EH” – est une contraction de “Indian Pale Ale”. Contrairement à ce que son nom indique, ce style de bière ne provient pas d’Inde mais bien d’Angleterre. Cette bière y était produite pour l’export (dont l’export indien). Elle était plus houblonnée et un peu plus alcoolisée que la moyenne pour lui permettre de mieux supporter le voyage. Fort de son succès, les anglais l’ont ensuite produite pour leurs propres consommateurs. Plus récemment, les américains ont créé leurs propre “American IPA” en favorisant (parfois jusqu’à l’excès et la caricature) l’emploi de houblons américains.

Bière Grand Cru a réuni un comité d’experts pour déguster une sélection d’IPA “à l’américaine” provenant en partie du pays de l’Oncle Sam, mais aussi de Belgique. Au total 12 bières ont été dégustées. Deux d’entre-elles présentaient des défauts majeurs et n’ont pas fait l’objet de commentaires dans notre revue.

Les bières ont été servies à l’aveugle et présentées par ordre croissant d’alcool. Outre une évaluation organoleptique, nous avons demandé à nos experts à quel point les bières dégustées correspondaient au style que l’on doit attendre des IPA. Ce style a donc été défini comme une bière se caractérisant par une grande teneur en houblon, facilement détectable par ses propriétés olfactives ou amérisantes. Les IPA doivent en outre avoir un côté fruité, rafraîchissant et sec et un niveau d’alcool de maximum 8%.

LES CONCLUSIONS

Comme le souligne Rick Kempen (voir plus loin), la dégustation des différents échantillons confirme que le style American IPA n’existe pas. La divergence entre les bières est importante et seules deux ou trois correspondent parfaitement au style défini en préambule de notre dégustation. Certaines bières montrent un niveau d’alcool plus élevé qu’attendu, d’autres ont un taux de sucre qui atténue le côté rafraîchissant recommandé. D’autres encore n’ont tout simplement pas le niveau d’amertume requis pour être qualifiées d’IPA. Les bières dégustées étaient malgré tout et dans leur grande majorité bien équilibrées.

À l’unanimité, les bières les plus proches du style attendu étaient les suivantes : ‘Founders All Day IPA’, ‘Hop Ottin’ IPA’ et ‘Hop Nosh’. Les IPA belges dégustées n’ont pas démérité, mais se sont révélées assez lointaines du style attendu. Plutôt équilibrées, on leur reconnaît des caractéristiques plus proches des Triples : complexes, plus épicées et plus marquées sur les “esters”. Les IPA belges : une réponse des brasseurs belges aux amateurs de bières fanatiques de houblon ?

De plus en plus de brasseurs belges se laissent tenter par la production d’IPA avant tout pour satisfaire le marché américain. La première à avoir tenté l’aventure est très probablement Hildegard van Ostaden, qui – influencée par un séjour professionnel aux États-Unis – a lancé en 2005 la ‘Urthel Hop’. La même année, l’importateur américain de la brasserie La Chouffe demande de produire une bière houblonnée pour le marché américain. Après plusieurs tentatives, la brasserie sort finalement la ‘Houblon Chouffe Dobbelen IPA Tripel’. « Dobbelen » puisqu’elle est doublement houblonnée selon les anciennes normes belges et « Tripel » puisqu’elle est tirée d’une base de Triple. Depuis lors, de nouvelles IPA belges sont sorties à l’instar de la ‘Duvel Triple Hop’, la ‘Paljas IPA’, la ‘Triest IPA’, ou la ‘Martin’s IPA’.

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Photo: Bart Van der Perre

“L’IPA AMÉRICAINE N’EXISTE PAS !”

Rick Kempen, importateur de bières américaines aux Pays-Bas

Demandez-moi quelle est la définition d’une IPA américaine et je vous répondrai que ce style de bière n’existe pas au sens strict du terme. Les américains ont, en fait, réinventé un style européen (et plus précisément anglais) tombé quelque peu en désuétude. Mais cela n’en fait pas pour autant une définition de l’IPA américaine. Avant la prohibition, on brassait aux USA une IPA très proche de l’original anglais où le malt jouait le plus grand rôle. L’ensemble était fortement houblonné et comme pour les IPA anglaises plus contemporaines, avec des houblons amérisants. Actuellement, la plupart des IPA brassées sur la côte est appartiennent à cette catégorie. Pour la côte ouest, bien qu’il y ait quelques exceptions qui confirment la règle, la majorité des brasseries produisent des IPA aux houblons aromatiques plus puissants (et parfois même imbuvables pour nos palais européens !). On y trouve de ces bières qui provoquent en bouche une véritable explosion atomique. Comme le signalait il y a peu le brasseur Garrett Oliver de Brooklyn Brewery : “Tous les singes sont capables de jeter du houblon par poignées dans les cuves. Mais produire une bière harmonieuse et équilibrée, c’est là que réside le talent des vrais artistes !” Il faut aussi laisser aux IPA américaines cette quête perpétuelle de l’expérimentation qui lui permet sans cesse de se réinventer. Il y a en effet tant de choses à découvrir, à savourer et la diversité des houblons utilisés continue à nous surprendre en permanence.

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NOTRE COMITÉ DE DÉGUSTATION

Luc De Raedemaeker, Sommelier bière

Yvan de Baest, Brasserie de la Senne

Emmanuel Corazzini, Novabirra

César Roman, Sommelier au Comme chez Soi

Julien Stéphant, Sommelier à l’Etiquette

Carl Kins, expert bière

Frédéric Van den Berg

Thomas Costenoble, Bière Grand Cru