Axel Cleenewerck
La Belgique, première nation de la bière à l’UNESCO
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La Belgique a une grande équipe de football. L’Allemagne également. Elles ne se sont toutefois plus mesurées l’une à l’autre depuis un certain temps. En matière brassicole, nous avons également affaire à deux grandes nations. Et si la Belgique avait ouvert la marque le 30 novembre dernier, en obtenant l’inscription de la culture de la bière belge à l’UNESCO?

La bière belge a été inscrite au patrimoine immatériel de l’UNESCO. Un comité d’experts de l’organisation, réuni à Addis-Abeba en Éthiopie, a ajouté notre boisson nationale sur cette liste du patrimoine de l’humanité. La liste doit refléter l’ensemble du patrimoine vivant (danse, musique, gastronomie, fêtes, etc.) participant à l’identité de communautés.

La culture de la bière belge rejoint notamment le carnaval de Binche, la ducasse de Mons, les marches de l’Entre-Sambre-et-Meuse ou encore la pêche aux crevettes à cheval à Oostduinkerke.

« Nos pays voisins produisent également de la bière. Mais c’est grâce à la diversité inégalée de l’art brassicole et à l’intensité de cette culture, faisant partie intégrante de notre vie quotidienne et des fêtes dans notre pays, que ce savoir-faire s’inscrit dans l’identité et le patrimoine culturel de l’ensemble du pays », commentait la Communauté germanophone, quelques heures après la décision prise par l’UNESCO. C’est la Communauté germanophone, au nom de toute la Belgique, qui avait introduit la candidature brassicole il y a deux ans. La pile de dossiers à analyser pour les deux autres Communautés (flamande et française) était en effet trop haute. Le dossier avait bénéficié du soutien d’organisations de brasseurs, d’associations de zythologues, de promoteurs de la bière, d’ONG spécialisées et d’instituts de formation.

Reste à savoir comment vont réagir les autres pays de tradition brassicole, l’Allemagne en tête, à cette reconnaissance belge.

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Jean-Louis Van de Perre, président de la Fédération des brasseurs belges, n’a pas caché sa « grande fierté » d’être les premiers à entrer à l’UNESCO. « Cela confirme l’image d’une Belgique des traditions de la bière. Les bières belges, les brasseries et la culture de la bière en Belgique sont à ce point imbriquées dans la société qu’elles sont devenues indissociables de l’identité belge », a-t-il commenté.

La Reinheitsgebot pour ouvrir les portes

Cependant, les Allemands ne doivent pas se décourager pour autant. Là où les Belges ont joué la carte de la diversité de leur production brassicole, les Teutons souhaiteront sans doute s’appuyer sur leurs acquis, notamment celui qui l’est depuis plus de 500 ans maintenant : le décret allemand sur la pureté de la bière (Reinheitsgebot).

L’Allemagne n’a jusqu’ici pas eu l’intention de proposer sa culture brassicole à l’inscription à la liste du patrimoine immatériel de l’UNESCO. En dépit de deux initiatives antérieures infructueuses, le dossier ne figure même pas à l’inventaire national du patrimoine culturel immatériel, condition sine qua non pour soumettre une candidature à l’UNESCO.

La motivation de l’Allemagne, qui doit être considérée comme un pays de la bière à l’instar de la Belgique, s’estompera-t-elle après qu’elle a vu son petit voisin accéder à cette reconnaissance ?

Quelle bière belge à l’UNESCO?

Si la Fédération des brasseurs belges parade, tout le monde n’est pas unanime quant à cette accession à l’UNESCO. « Mettre en avant la bière belge dans son entièreté ne correspond pas à l’image qualitative de l’UNESCO », commente le Suisse Patrick Böttcher, porte-parole de Slow Food Bruxelles. « En Belgique, même si la situation s’améliore, une grande partie du marché reste dominée par la bière industrielle. D’autres atouts de ce pays, plus artisanaux que des bières industrielles, méritent la protection de l’UNESCO. »

Les Brasseurs belges rappellent cependant que l’organe onusien a bien veillé à protéger la culture de la bière belge dans son ensemble, non pas une ou plusieurs marques de bière en particulier.

Le vin déjà à l’UNESCO

En outre, si d’éventuelles critiques relatives à cette nomination devaient émaner d’associations luttant contre les drogues ou l’alcoolisme, la Fédération se veut rassurante. Là aussi, les initiateurs ont été prudents, et le comité d’experts de l’UNESCO lui-même a particulièrement apprécié les mesures visant à combattre la consommation abusive d’alcool, telles que le concept Bob, initié par les Brasseurs belges et l’IBSR.

Quoi qu’il en soit, la bière belge n’est pas la première boisson alcoolisée à faire son entrée au patrimoine immatériel onusien. La méthode géorgienne de vinification à l’ancienne dans des « kvevris » traditionnels a ainsi été inscrite en 2013. En outre, la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO comporte les coteaux, maisons et caves de champagne et les climats du vignoble de Bourgogne pour la France, ainsi que le paysage viticole du Piémont pour l’Italie.

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