Axel Cleenewerck
La bière belge, toujours plus prisée à l’étranger, toujours moins en Belgique
Belgian Beer Weekend 02-09-2016 © Bart Van der Perre - lowres (24 of 46)
La consommation de bière en Belgique a continué à reculer l'an dernier. Au total, 7,7 millions d'hectolitres ont été écoulés, soit une baisse de 3,3% par rapport aux volumes observés en 2015. Le recul s'accentue puisque la baisse moyenne annuelle sur ces 20 dernières années était de 1,4%, selon la fédération des Brasseurs belges. La consommation de bière par habitant tombe sous les 70 litres par an. Les exportations, par contre, ont poursuivi leur marche en avant: 14,1 millions d'hectolitres ont été expédiés hors de nos frontières. Jean-Louis Van de Perre, président de la fédération des Brasseurs belges, revient sur l'année brassicole écoulée.

BGC: Quelles sont les raisons qui expliquent la plus forte baisse de la consommation de bière en Belgique?

JLVdP: 2016 a été une année un peu spéciale pour la Belgique en raison des attentats qui ont eu un impact sur la vie économique et sociale en Belgique. L’horeca a souffert. Le temps maussade n’a pas attiré la grande foule en terrasse et les résultats en demi-teinte des Diables rouges à l’Euro peuvent aussi entrer en ligne de compte.

 

La pils perd encore du terrain, tant dans l’horeca que dans la grande distribution. Faut-il s’en inquiéter?

Le Belge boit différemment. Il est plus tourné vers les bières spéciales, ce qui a un impact sur les volumes. Il boit aussi de manière plus responsable.

 

La bière d’abbaye a perdu quelques parts de marché ces dernières années. Doit-on y voir une forme de suspicion de la part du consommateur par rapport à un produit qui n’est bien souvent que lié de très loin à une réelle abbaye?

Je ne pense pas. La bière d’abbaye évolue dans un marché très concurrentiel qui souffre du succès des bières de dégustation, par exemple. Celles-ci (bières blondes fortes, stouts, bières régionales…) sont reprises dans une catégorie qui est la seule à avoir progressé l’an dernier et détient désormais 11% de parts de marché (+3,5% par rapport à 2015).

 

N’est-ce pas décevant pour le responsable des brasseurs belges que vous êtes de constater que certains gros acteurs du marché proposent désormais dans la grande distribution en Belgique des bières artisanales de brasseries qu’ils ont acquises aux Etats-Unis?

De tout temps, il y a eu des bières étrangères présentes sur le marché belge. Mais cela ne constitue pas une préoccupation pour nous car c’est toujours resté un marché de niche.

 

Il semble que le public français ait bien digéré la hausse des accises.

Nos brasseurs se sont battus. Ils sont venus en France avec des produits de qualité qui plaisent au consommateur français. Ce qui a été perdu dans la foulée de cette hausse des accises est perdu mais après un redressement timide en 2015 (+3,9%), on assiste aujourd’hui à une reprise assez importante chez nos voisins français (+8,1%).

 

Les chiffres à l’exportation sont excellents.Avez-vous des conseils à prodiguer à nos brasseurs afin de poursuivre sur cette voie?

Travailler sur la diversité de leur portefeuille, avoir une qualité constante et diversifier les pays dans lesquels ils exportent.

 

Ces exportations constituent ces dix dernières années une réelle bouée de sauvetage pour nos brasseurs. La manne n’est toutefois pas inépuisable.

En effet, mais nous ne considérons pas le déclin de la consommation domestique comme une fatalité. On aimerait une amélioration et on y travaille, notamment par le biais de campagnes promotionnelles comme “Fiers de nos bières”. D’ailleurs, aux yeux de l’étranger, nous nous devons d’avoir un marché local en bonne santé, sans quoi nous perdons notre crédibilité.

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