Axel Cleenewerck
Le grand écart de Dubuisson
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En un mois, Dubuisson est capable de nous emmener dans les hautes sphères de la gastronomie où gravite sans rougir l'armada de Bush, et de nous faire découvrir une bière à l'esprit nettement plus déjanté que la sobriété de la gamme barriquée. Des bières qui ne se consomment pas aux mêmes occasions...

Début juin, comme le 12e numéro de Bière Grand Cru magazine vous le fait découvrir, Eric Fernez associait de main de maître diverses Bush (Charmes, Nuits, Triple…) à sa cuisine épicurienne, dans son restaurant doublement étoilé de Baudour.

C’est dans un tout autre décor que la dernière née de Dubuisson, la Rasta Trolls, a été présentée. La brasserie de Pipaix avait fait le déplacement dans une des communes les plus denses de la capitale, Saint-Gilles, à la Tricoterie plus précisément. Ce lieu de rencontres abritant divers espaces multiculturels constituait un endroit idéal pour organiser un after-work avec la boisson censée l’accompagner. Mais si la bière est présentée comme « peace et cool », ses 7% vol. alc. et son approche assez douce en font une boisson capable de faire des dégâts.

Le surdosage de sucre qui guette souvent ce type de breuvage n’est toutefois pas présent, et la Rasta, bien frappée, reste agréable à boire. « Nous sommes partis de la Cuvée des Trolls et avons ajouté des extraits de pomme verte et des arômes naturels de rhum brun », explique Hugues Dubuisson, administrateur de la brasserie. Il confie s’être laissé inspirer par son fils Alexandre pour élaborer une bière plus jeune. « C’est un positionnement spécifique. A l’image de son aînée la Cuvée des Trolls lors de sa sortie en 2000, la Rasta se démarque des codes actuels. Ce n’est pas une craft beer, ni une bière locale, ni une bière traditionnelle. »

Dans la gamme des bières aromatisées (flavoured), elle se situe donc entre les Despe ou Cubanisto plus légères, et les krieks chargées en alcool qui fleurissent actuellement au sein des brasseries belges.

Les responsables ne cachent pas leur volonté de toucher un autre public que celui fidèle aux marques actuelles. Si les Bush barriquées occupent clairement le haut de gamme, on se déride complètement avec la Rasta; pas de verre attitré, consommée à la bouteille, feuille de menthe dans le goulot…

« La Rasta recherche un climat citadin, branché, avec un esprit d’after-work », résume le directeur commercial Marc Lemay. refusant de voir en sa nouvelle bière un alcopops ou un sirop. La brasserie Dubuisson dont la neuvième génération participe officiellement aux affaires, ne renie pas son étiquette traditionnelle alors qu’elle va fêter ses 250 ans en 2019. Mais cette dernière sortie prouve qu’elle ne met pas pour autant le couvercle sur la créativité.