Bert Mattijs
LES PETITS PEUVENT-ILS SURVIVRE ?
Column
Bert Mattijs
Mais dans quel monde vit-on en fait ? Tous les jours, quelque part une nouvelle bière voit le jour et quelque part, une ancienne recette est remise au goût du jour. La question que je me pose est simple : cette explosion est-elle bien contrôlée ou allons-nous droit vers un Tchernobyl brassicole ?

La réponse est moins simple, le monde brassicole est relativement complexe et se compose principalement de quelques grands groupes, mais surtout de nombreuses petites entreprises. Ce sont les petits qui s’agitent et qui innovent, mais on pourrait faire mieux. Je vois deux défis qui sont importants pour moi en tant que personne : construire une base et remettre en question la tradition. Je m’explique.

Construire une base, cela veut dire qu’il faut des fondations solides. Et cela signife que l’on réféchisse au produit. Pas simplement suivre aveuglément la tendance, mais bien se frayer son propre chemin. La connaissance du produit n’est évidemment pas à négliger, mais il faut surtout sentir ses propres « tripes ». Ces fondations disions-nous, c’est la base d’où tout doit partir. Pour moi, elles sont plutôt absentes actuellement. On constate plutôt une prolifération sans beaucoup de contrôle et cela conduit immanquablement à l’échec. Ou en tout cas à  une stagnation sur la touche. Développez les bases, c’est déjà un bon début !

Et qu’en est-il des autres ? Qu’en est-il de la tradition et de cette remise en question ? Une  brasserie bruxelloise brasse à intervalles réguliers une « Wadesda« , un brassin test si l’on veut. En expérimentant le moût et la levure. Leur site Internet affiche régulièrement « Sold Out« . On n’y échappe pas. Voilà ce qui s’appelle mettre la tradition au défi! Oser jongler avec les mêmes ingrédients séculaires, mais en allumant le consommateur de sorte que le résultat suive. Je suis moi-même depuis des années amoureux de leurs bières et, avouons-le, de leur brasserie. Justement parce qu’ils osent partir à l’aventure à l’encontre de la tradition. Loin des sentiers battus et des habitudes. Il n’est pas étonnant que la demande excède la production depuis des années. Ont-ils oublié la tradition ? Loin de là, car leur gamme permanente suit un schéma simple et ne vise qu’à offrir à chacun la bière qui lui plait. Je veux une bière qui a du goût, mais qui ne soit pas trop forte ? Pas de problème, nous en avons trois. Quelque chose de plus corsé ? En voici deux autres !

Et qu’en est-il de la collaboration ? Cela ne fait-il pas partie de notre tradition ? L’union fait la force, n’est-ce pas ce qu’on dit ? Les petits brasseurs ne peuvent-ils s’unir sous la forme d’une coopérative ? Pas par idéal communiste, sûrement pas, mais pour partager leurs moyens. L’achat et l’entretien d’une installation brassicole sont souvent excessivement chers. Mais si nous unissions nos forces et si, ensemble, nous sortions un atout de notre manche ? Ici aussi, on joint l’acte à la parole. Imaginez : toutes les semaines ou tous les mois, un nouveau brasseur invité à se laisser aller. Ne seriez-vous pas curieux et ne voudriez-vous pas goûter le résultat de l’expérience ?

Cet article ne répondra évidemment pas aux questions que se posent nos petits brasseurs par rapport à l’avenir, mais j’aime réfléchir à tout ce que l’on pourrait faire pour faire découvrir notre belle culture de la bière à un public de plus en plus nombreux, en dépit de tous les programmes télévisés. Peut-être aurons-nous besoin d’un nouveau Michael Jackson, mais qui soit présent tous les jours dans les médias populaires. Quelqu’un qui ose dire que nous avons encore toujours des bières fantastiques qui font plus que mériter leur place dans tous les ménages. Quelqu’un qui nous montrerait les petits, qui osent inspirer et qui sont inspirés jour après jour. Des petits qui osent aller voir au-delà de nos frontières, qui osent collaborer plutôt que de se faire concurrence et qui imaginent leur produit, le développent et le brassent, avec amour, jour après jour. Mais qui, bon dieu, doivent travailler dur pour survivre dans ce paysage. Car, disons les choses telles qu’elles sont : une nouvelle bière par jour conduira un jour à la saturation, jusqu’à satiété complète des amateurs les plus chevronnés. Mais apprendre du passé pour ouvrir des perspectives d’avenir, cela, je le sens bien. Santé !

Bert Mattijs