Bert Mattijs
SOUVENIRS VAPOREUX
Column
Bert Mattijs
Il ne m’en reste presque rien, à part quelques vagues souvenirs. Si ma mémoire est bonne, elle était blonde. Ou plutôt rousse. Pas clair, pas clair. Ma mémoire se brouille… Je vais pourtant assez souvent déguster quelques bières avec mes copains, et nous y faisons connaissance avec quelques perles rares, mais celle-ci est de celles qui vous donnent le tournis. Blonde ou plutôt rousse, elle continue de me hanter. Avant même de me rendre compte de ce qui m’arrivait, j’étais déjà tombé sous son charme.

Comment pourrais-je décrire cette aventure ? Je ne sais pas. Je ne sais même plus vraiment comment je suis arrivé ici, derrière ces 69 touches? Ce fantôme noir et blanc qui me regarde, ce monstre du lendemain. Mes souvenirs demeurent obscurs, très obscurs même. Était-ce elle qui, dès le premier verre, m’a attiré dans ses filets lorsqu’elle toucha mes lèvres ? Ou était-ce moi qui l’ai attirée contre moi pour goûter son corps à pleines dents ? Qui est-elle, elle qui m’ouvrit grand ses bras, me fit découvrir les plaisirs de sa chair ? Ses rondeurs m’enivrent, sa douceur caresse ma langue et c’est le déluge de sensations en bouche, ma gorge s’enflamme, je suis comme paralysé, je rougis… Elle est maître de moi, fait de moi ce qu’elle veut, je suis sans défense, subjugué par son charme, elle m’a conquis maintenant, complètement. Elle était blonde, ou plutôt rousse, douce et sauvage comme la nuit. Une rencontre que l’on ne vit qu’une seule fois dans son existence. Et quand cela arrive, un homme se sent toujours démuni. Elle glisse sur tes lèvres, ta langue et envahit tous tes sens… impossible de lui échapper, mon dieu, comment lui résister ? Son charme est irrémédiable, elle s’agrippe autour de toi. Tu aimerais encore fuir, mais tu te rends compte que tout espoir est vain. Tu veux alors toujours plus, t’enfoncer davantage. Passion, sensations ultimes, mots insensés, regards langoureux, jusqu’au petit matin.

Mon histoire doit être racontée, mais je n’en ai plus que des souvenirs imprécis. J’aimerais vous en dire plus, cher lecteur. Que c’était une tendre blonde, ou une douce rousse. Mais ce n’était pas cela, elle était tout à la fois : infernale, diabolique, divine. Tout feu, tout flamme, ça je peux l’affirmer, cela je peux encore vous le raconter. Mais, blonde ou rousse, cela finit par s’estomper, lorsqu’elle m’a en son pouvoir, elle avec ses cheveux foncés et son sourire blanc céleste, je suis instantanément perdu.

Bert Mattijs