Luc De Raedemaeker
Untouched by monks
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Rebelle, moderne, ‘dé-belgicisée’… ces quelques qualificatifs correspondent bien à la philosophie développée à la brasserie VBDCK. Les bières ‘Kerel’ sont des nouveaux venus assez atypiques dans le paysage brassicole belge. La brasserie plonge ses racines dans le village de Tielrode, en Flandre orientale. De la bière y était brassée dès 1908 par la famille Verbeeck-Back. Une bière locale, assez populaire à l’époque, mais qui n’a pas survécu au décès du brasseur, Jules Verbeeck. Un siècle plus tard, la brasserie renaît de ses cendres grâce à la famille De Cock.

Philippe De Cock et ses enfants ont vendu leur entreprise de charcuterie il y a quelques années et ont atterri par hasard dans le monde de la bière. “J’ai vu une ancienne brasserie à vendre à Tielrode. Nous avons décidé de racheter ces ruines et de se remettre à brasser. Notre connaissance en la matière était assez limitée. Mon fils avait suivi un cours de brasserie et nous brassions en amateur dans le garage. On s’est fait aider par des experts brassicoles et commerciaux.”

La brasserie VBDCK entend faire la différence en se distanciant de la sainte trinité brassicole belge: blonde, double et triple. Avec le slogan ‘untouched by monks’ (bières 100% agnostiques, traduction libre), la brasserie prend position. Les propriétaires veulent, sous la marque Kerel, produire toute une série de bières qui jouent sur les tendances, les styles de bières en vogue et ce qui se fait à l’international. “On ne se démarque pas en Belgique en confectionnant une énième triple. Avec un stout bien noir ou une IPA super houblonnée, on a déjà plus de chances”, commente Charlotte De Cock. “Nous aurions pu appeler nos bières Saint-Tielrode, puisque la brasserie se situe juste à côté de l’église. Mais nous ne voulions absolument pas ça”, ajoute-t-elle.

Désormais, Tielrode accueille donc une brasserie hypermoderne, dotée d’une unité d’embouteillage. Les bières sont en effet conditionnées dans des bouteilles assez branchées. Faites sur mesure en Allemagne, elles font penser à l’un ou l’autre flacon de médicament. “On ne voulait pas de ces bouteilles utilisées par tous les autres brasseurs belges.”

“La brasserie pourra produire quelque 5.000 hectolitres annuels, autant que Westvleteren. C’est assez solide pour une brasserie débutante. Nous avons investi entre 4 et 5 millions d’euros ces dernières années”, explique Philippe De Cock.

Chaque bière a sa petite touche et constitue une création assez décalée. La gamme se compose d’une India Pale Ale, une Dark IPA, une Grapefruit IPA, une Bière de Garde, une Saison, un Stout, un Pink Imperial et une Strong Ale, brassée avec de la levure de sake.

Outre les bières, la stratégie commerciale est aussi remarquable. Le concept et le design ont été développés par Zware Jongens et la brasserie a notamment été primée pour son design lors des World Beer Awards en 2018.

VBDCK n’entend toutefois pas se limiter à la production de bières. Des fêtes ou des conférences peuvent être organisées et, à l’avenir, il sera même possible de loger sur place. Les plans pour la création de chambres Kerel sont déjà prêts. Et celui qui souhaite atteindre de plus hautes sphères et observer la brasserie et les environs depuis le ciel, est également à la bonne adresse. Le père De Cock est en effet un pilote de montgolfière expérimenté (voir BGC#13). Enfin, on peut tout simplement déguster les bières dans la ‘tasting room’ avec vue sur le verger, les moutons et avec une partie de pétanque à la clé.

VBDCK est un concept bien réfléchi et unique en Belgique.

www.vbdck.be

Photo ©VBDCK