Luc De Raedemaeker
WHAT’S IN A NAME?
What's in a name 3
Vous aimez les blondes ? Vous donnez volontiers des petits noms affectueux à la partie la plus merveilleuse du corps féminin ? Vous aimez boire une bonne bière ? Bienvenue dans le monde fantastique des gastronomes qui aiment vivre ! Peut-être avons-nous même trouvé deux bières qui pourraient bien combler vos envies…

IL N’Y A PAS QUE LA FORME D’UN ABRICOT QUI DÉCLENCHE L’IMAGINATION…

Même si je suis Flamand, je peux écrire sans rougir que mon français est plus que correct. Normal, je suis un vrai « Ketje »… Pourtant il y a des termes/mots/surnoms en français que j’ai mis longtemps à découvrir. Et ce n’est ni à l’école, ni à la maison qu’on les apprend, car ce sont les mots qui désignent les organes génitaux féminins. Car, avouons-le, vous et moi, nous avons nos petits noms préférés pour désigner ceux-ci.

Prenez par exemple le mot « foufoune ». Si vous consultez Wikipedia (la version française), vous êtes directement redirigé vers « vulve ». Ce mot est défini, avec une certaine froideur toute scientifique, comme venant du latin « volva », puis « vulva », « utérus », et désigne « l’ensemble des organes génitaux externes de la femme et de certaines femelles de mammifères, principalement constitué des grandes et des petites lèvres enserrant l’entrée du vagin, la partie externe du clitoris et le méat urinaire ». Eh ben. Disons que le terme « foufoune » est plus propice à l’imagination.

La page Wikipedia en question trouve même très pédagogique de mettre une photo pour le moins explicite. Et pas la plus « fraîche », si vous voulez notre avis… Mais bon, je comprends bien que vous n’appeleriez pas votre bière « vulve », cela pourrait donner de fausses connotations aromatiques, mais choisir « foufoune » ne serait-il pas un peu trop… Pourtant, la Brasserie Cantillon, elle, a osé. Mais la raison de ce choix de nom pour le moins original est évidemment plus nuancée que ce que notre esprit pervers avait imaginé…

Imaginez une grande table dressée quelque part dans la douce Provence. Et autour de cette table où trônent un chevreau parfaitement grillé et d’excellents Hermitage et autres Saint-Joseph, un tas d’amis. Nous sommes alors en 1998. L’un des participants est le producteur d’abricots François Daronnat. Son surnom ? Foufoune. Evidemment, quand on produit des abricots… Daronnat chante les louanges de ses abricots Bergeron, une variété tardive de très bon calibre. Ils sont « les plus naturels, les plus beaux, ils ont le meilleur goût ; ils sont à la fois sucrés et acides »… Vous pouvez aisément imaginer le discours de ce Français chauvin, le tout sous ciel bleu d’acier.

À la même table, Jean Van Roy, descendant de la famille Van Roy-Cantillon de la brasserie bruxelloise Cantillon, se dit alors: « Tiens, si ces abricots sont si particuliers, je pourrais essayer d’en faire une bière ». À son retour, Foufoune lui envoie 300 kg d’abricots Bergeron et Jean relève le défi. Le résultat, un Lambic aux abricots, dépasse toutes les espérances. Depuis, ce sont 1200 kg d’abricots qui débarquent chaque année chez Cantillon, une brasserie active depuis 1900 dans la production de lambic, de gueuze, de faro et de kriek. Le secret de la maison ? Le respect et le maintien d’un brassage à l’ancienne avec des bières de fermentation spontanée qui misent tout sur leur saveur naturelle.

Pour préparer cette bière, les abricots sont dénoyautés à la main et plongés dans un Lambic de 2 ans d’âge. Le goût et les arômes sont extraits rapidement par la bière et au bout de 2 mois de macération, la ‘Fou’Foune’ (c’est bien sûr son nom) est mise en bouteille. La bière est acidulée, légèrement trouble et de couleur or pâle. Sa production est limitée à 3000 litres par an et vendue en bouteilles de 75 cl.

La ‘Fou’foune’ est aujourd’hui très recherchée. Avec une note moyenne de 4,51/5 sur beeradvocate.com et de 4,02 sur ratebeer.com, ce n’est pas étonnant. Qui pourrait en effet résister à ses arômes de citron, de pêche, d’abricot, de pamplemousse et d’amandes, à sa bouche un peu crémeuse et à sa joyeuse fraîcheur ? Toutes ces descriptions lyriques pourraient tout aussi bien se retrouver dans une ambiance romantique, non ? En plus, avec des fruits français, qui, comme vous le savez, sont encore plus excitants que les loukoums turcs… Peut-être la pro- duction limitée de ‘Fou’foune’ rend-elle la chasse pour ce délicieux bijou encore plus intéressante. Un peu comme la femme parfaite, finalement…

VIVEZ DANS LE PÉCHÉ !

Ah, rien de plus délicieux que le péché. Dit-on – je dois faire attention, ma femme me lit. Vivre de plaisir avec une pécheresse : toutes les bibliothèques françaises sont remplies d’ouvrages sur ce thème sulfureux. Pécheresse, le mot en soi est déjà tout un programme et fait évidemment penser à la pêche, pas besoin de faire un dessin… C’est également l’avis des brasseurs de lambic de Lindemans à Vlezenbeek. Si Cantillon demeure très sage avec ses étiquettes, celles de Lindemans sont plus attirantes. La jeune femme couchée lascivement, le haut du corps dénudé et évoquant la pécheresse, est très suggestive. Et si nous goûtons son jus – le contenu de la bouteille évidemment, you dirty mind ! – nous en sommes tout retournés.

‘Lindemans Pêcheresse’ est fabriquée à partir de pêches pressées. Elle a un goût fruité très frais, avec une harmonique de lambic. Grâce à sa teneur en alcool de moins  de 2,5%, vous gardez la tête assez claire pour chuchoter bons mots et compliments à l’oreille de votre partenaire. Lindemans produit la ‘Pêcheresse’ blonde dorée depuis 1987. Tout comme Cantillon, ils brassent selon la méthode de la fermentation spontanée. Comparez, en le dégustant, le contenu blond de la bouteille et son étiquette, et vous verrez, vous fermenterez spontanément… Casanova, Don Juan et George Clooney n’ont qu’à bien se tenir ! Et maintenant que ma femme a terminé de lire le texte, elle sait à présent quelle bière choisir pour une soirée romantique en tête à tête…

 

cantillon.be

www.lindemans.be/nl/beer/pecheresse