Axel Cleenewerck
Une fête en 2022 et une bière fin 2021 pour un 75e anniversaire
La brasserie St.Bernardus à Watou n'aurait pas tenu 75 ans uniquement tapie dans l'ombre de Westvleteren. Mais la proximité géographique et historique avec la célèbre trappiste ne peut être totalement effacée. Et si le responsable actuel Hans Depypere clame que sa brasserie est devenue une référence en Belgique et à l'étranger, il reconnaît également que lorsque des comparatifs entre la "Saint-B 12" et la Westvleteren 12 sont dressés dans les médias, il s'ensuit bien souvent une hausse de la demande à Watou. Pour ce qui est de la fête d'anniversaire, St.Bernardus promet un grand événement en 2022 dans le champ faisant face à la brasserie. Une bière est également annoncée pour la fin de cette année.
La naissance même de la brasserie fait suite à un souhait des moines de Westvleteren, dans les années ’40, de sous-traiter la production de leur bière. Evariste Deconinck accepte de relever le défi et St.Bernardus voit le jour en 1946. Le contrat de licence liant l’abbaye à la brasserie laïque expirera en 1992. La production de bière à St.Bernardus fond alors comme neige au soleil, tombant sous la barre des 8.000 hectolitres annuels alors qu’elle s’élevait à 15.000 hectos quand la recette de la Sint-Sixtus lui était confiée. L’arrivée en 1998 de Hans Depypere va donner un nouvel élan à la brasserie. L’entrepreneur de Waregem effectue plusieurs investissements clés. La production repart rapidement à la hausse pour culminer aujourd’hui à 45.000 hectolitres dont une petite moitié part vers 77 pays. L’entreprise emploie 46 personnes.
Hans Depypere est conscient de l’héritage lié à la bière trappiste voisine de sa brasserie, mais soutient que St.Bernardus a tracé son propre chemin depuis. « La marque est devenue un mythe à l’étranger en partie en raison de Westvleteren mais si St.Bernardus ne faisait pas de bonnes bières, ça ne se serait pas passé comme ça. »

Deux excellentes bières

Flirtant en permanence avec son histoire, St.Bernardus n’affirmera jamais que les deux bières ont le même goût. Elle ne se prive cependant pas de rappeler, dans le livre édité pour son 75e anniversaire, que « les bières brassées à Watou le sont toujours selon la même recette originale et avec les mêmes ingrédients qu’auparavant y compris la levure que Mathieu Szafranski, le maître-brasseur de Westvleteren de l’époque, avait amenée ». Ce qui laisse penser que la Sint-Bernardus 12 Abt est probablement plus proche de la Sint-Sixtus d’origine que la Westvleteren 12 actuelle.
Les deux bières n’en sont pas moins excellentes, se plaît-on à dire à St.Bernardus où on évite de se fâcher avec les moines voisins.

Le sous-titre donné à l’ouvrage des 75 ans résume en tout cas bien le passé et le présent de la brasserie: « L’histoire d’une bière d’abbaye qui n’en est pas vraiment une ». Le mot de la fin à Julie Depypere, la fille de Hans, entrée dans l’entreprise en 2010:

« Nous n’avons pas d’abbaye et nous ne brassons même pas de bières trappistes et pourtant, à certains égards, St.Bernardus est un vrai lieu de pèlerinage. »